Historique

Vue de Boscoville

Boscoville, vers la fin des années 1950 (Archives nationales du Québec).

 

Fondé au début des années 1940, Boscoville deviendra l'institution phare du réseau québécois de prise en charge de la délinquance juvénile. Berceau de la psychoéducation, le centre jouira d'un rayonnement international. Cette section retrace l’histoire de Boscoville de sa création à sa fermeture en 1997.

 

Des débuts modestes

À ses débuts, l’œuvre prend la forme d’un camp d’été mis sur pied afin d’offrir des vacances en plein air aux jeunes garçons de quartiers défavorisés de Montréal. Le camp est fondé par deux jeunes religieux de la Congrégation des Pères de Sainte-Croix : Albert Roger et Maurice Lafond.

Le père Albert Roger avec un groupe de jeunes garçons (Robert Rumily, Boscoville, 1978).

La naissance de Boscoville

Au détour des années 1940, le père Roger, impressionné par le film hollywoodien Boys Town, décide de transformer le camp d’été en une véritable cité. Nommés « citoyens », les jeunes y exercent des responsabilités particulières : certains seront gendarmes, pompiers, échevins, magistrats et même maire. Le père Roger nomme cette cité Boscoville en l’honneur de Don Bosco, un prêtre italien qui a voué sa vie à l'éducation des jeunes enfants issus de milieux défavorisés.

 

En 1947, le gouvernement québécois fait don au père Roger d’un vaste emplacement à Rivières-des-Prairies et promet d’y construire une cité pavillonnaire moderne. En attendant, le centre s’installe dans les anciens bâtiments fermiers de la propriété. Au cours des 7 premières années, une quinzaine de garçons âgés de 16 à 18 ans y sont hébergés.

Camp d'été de Boscoville, août 1949 (Archives nationales du Québec).

Une institution d’avant-garde

En 1954, le centre permanent de Boscoville ouvre officiellement ses portes. Cette année-là, il accueille environ 75 jeunes. 6 « quartiers » répartis en 3 pavillons sont aménagés afin de favoriser l’intimité et le sentiment d’appartenance. Les nouveaux sont accueillis dans ce qu’on appelle la « banlieue » : pendant une période de 8 à 12 semaines, il y demeure afin de s’adapter au fonctionnement de la cité. Dans les années 1960, Boscoville peut accueillir jusqu’à 180 jeunes.  

Vue du séjour (Archives de Boscoville).

 

 Avec son approche thérapeutique axée sur le « vécu relationnel », Boscoville rompt avec les pratiques des écoles de réforme initiées au milieu du 19e siècle. Le centre devient un espace thérapeutique moderne qui jouit d'une réputation nationale et internationale. Boscoville est également le berceau d'une nouvelle discipline universitaire et d'une nouvelle pratique professionnelle : la psychoéducation.

Étudiants en ateliers, 1955 (Archives nationales du Québec).

La remise en question

Au cours des décennies 1970 et 1980, le « modèle Boscoville » est petit à petit remis en question. Malgré son approche humaniste, plusieurs s’interrogent sur la capacité réelle d’une institution résidentielle à favoriser la réinsertion des jeunes. De plus, certaines études mettent en doute l’efficacité des méthodes mises de l’avant par Boscoville. Ouverte au changement, l’équipe en place expérimente alors diverses avenues pour renouveler l’approche thérapeutique. À la même époque, l’autonomie de l’institution est menacée alors que de nouvelles structures sont progressivement mises en place par l’État.

Les Olympiques, un moment fort à Boscoville (Gilles Gendreau, Bosco : La tendresse, 1998 ).

Fermeture

En 1997, le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec ferme Boscoville. Il confie la responsabilité de la rééducation des jeunes délinquants aux Centres jeunesse de Montréal. Cette fermeture est contestée par bien des anciens ainsi que par différents spécialistes de la réhabilitation des jeunes. L’ouvrage Bosco : La tendresse raconte l’histoire de leur mobilisation pour tenter d’empêcher la fermeture de cette importante institution.